« 14 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 29-30], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10880, page consultée le 25 janvier 2026.
14 avril 1843, vendredi après-midi, 4 h. ¾
Tu as bien fait de venir ce matin, mon bien-aimé, car j’étais bien triste et bien
découragée depuis deux jours. Merci, mon cher amour, merci tu m’as redonné de la
confiance et du bonheur pour un bout de temps. Mais tu me comblerais de joie si tu
me
disais tout à l’heure que nous ferons à coup sûr un vrai voyage dans deux mois. Je suis très gouliafre comme tu vois mais c’est que je jeûne
depuis longtemps. D’ailleurs sans jeûner je suis toujours aussi affamée de toi.
Malheureusement je ne vois rien se décider et je suis sûre que cette année se passera
en promesses comme les autres. Cependant ce n’est pas aujourd’hui qu’il faut que je
me
plaigne car j’ai été trop heureuse ce matin pour grogner ce soir. Je renfonce donc
mes
grogneries à venir et je te baise partout et ailleurs encore plus fort. Tâchez de
m’apporter le petit reliquaire ou craignez ma vengeance. Et ma culotte, scélérat, quand comptez-vous me la livrer ?
Voilà deux ans et demia que vous me la
promettez. Promettre et tenir c’est deux avec vous,
c’est-à-dire deux ans et demib
d’écoute-s’il-pleut. Décidément j’ai bien envie de vous grogner nonobstant le petit
morceau de bonheur que j’ai engloutic ce matin. Il faut que je me tienne à quatre pour ne pas vous
faire une scène de tous les diables.
Voilà un bien beau temps mon amour et dont
j’aurais bien voulu profiter avec vous. Mais vous n’êtes pas si bête que de vous
prodiguer deux fois le même jour. Voilà bien longtemps que je le reconnais pour la
première fois. Taisez-vous et apportez-moi mon petit
reliquaire. Jour Toto, jour mon cher petit o, je t’aime.
Pense à moi et viens vite me baiser. J’ai apprêté l’argent des contributions pour
l’envoyer ce soir. J’ai fait en outre la note de tout mon arriéré qui se monte à 115 F. plus l’huile et le vin, ce qui ferait à peu près 150 F., sans compter le loyer et la pension. C’est un mois
horriblement lourd que celui-ci. Je ne sais pas comment tu pourras t’en tirer. Si
j’étais assez heureuse pour pouvoir te venir en aide, quelle joie pour moi.
Juliette
a « demie »
b « demie »
c « engloutie »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
